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My perfect day - Nicholas

En 2024, je suis allée voir le film "Perfect days", au cinéma Utopia d'Avignon, sans trop savoir ce que j'allais y découvrir.

En sortant de la salle obscure, totalement bouleversée, j'ai dû prendre la plume pour tenter de retranscrire mes émotions. Je vous les livre, ci-après, sans détour.

Perfect days, un film, une fable qui m'a laissée, quelque peu, pantoise.

Il fallait oser mettre à l'honneur un nettoyeur de toilettes publiques, grand lecteur, photographe, amoureux des arbres, dans sa routine éternelle du quotidien, tel Sisyphe. On aurait pu l'imaginer, aisément, tout envoyer balader et partir en mini-van, en quête de forêts séculaires ou primitives.

Eh bien, non !

Jour après jour, il s'évertue sans relâche dans un astiquage perfectionniste. Un travail minutieux, à l'aide de gestes artistiques, pour des lieux qui, généralement, ne sont que des bouillons de culture, emplis de germes et autres bactéries ...

N'ayant jamais mis un orteil à Tokyo, j'ai découvert grâce à ce long métrage, deux heures durant, l'architecture et la technologie, plus que High-tech, des Water-closet à la nippone.

Avec un acteur charismatique, un dégradé de couleurs et une lumière très particulière, le spectateur y trouve la quintessence de la beauté, selon son auteur, là où personne n'aurait pu imaginer la rencontrer.

Alors oui, il fallait oser filmer, cela ...

Lorsque l'on se nomme Wim Wenders, peut-être, est-ce tout simplement une évidence !



Lors de mon bref séjour, sur l'île de Sesoko, à l'hôtel E-Horizon resort, qui n'a de resort que le nom, et notamment, lors de ma soirée, à Nago city sur l'île principale d'Okinawa, du mercredi 3 décembre 2025, toutes mes émotions, de l'époque, ont refait, instantanément, surface.

 

Ma rencontre avec Nicholas, en est la cause. J'ai eu l'impression d'avoir devant moi, Koji Yakusho dans le rôle principal d'Hirayama, à quelques subtiles différences près.

Dès mon arrivée à l'hôtel, soit à peine deux jours auparavant, je fus, agréablement surprise de constater son anglais irréprochable. Nous avions pu échanger, à plusieurs reprises, pendant de courts laps de temps. Petit à petit, des brèves courtoises mais inconsistantes, entre une cliente et un employé d'étage, notre conversation évolua sur des sujets plus profonds. Le courant passait, instinctivement, entre nous deux. Nous étions sur une longueur d'onde similaire. De fil en aiguille, il m'a invitée, naturellement, chez lui pour dîner.
Après m'avoir fait visiter son intérieur modeste, que l'on pouvait embrasser dans seul regard, il fila sous la douche, pendant que je fus mise à contribution pour éplucher une pomme de terre et préparer deux brocolis.
A peine entrée au sein de son logement, je fus, immédiatement, frappée par l'importance accordée à la littérature et à la musique. Aucun meuble ou objet de valeur, dans l'intérieur typiquement japonais, de son deux pièces, à part un empilement, impressionnant de livres et de CD. Au cours de la soirée, il s'est livré à moi, sans détour, sans aucune pudeur.
Je suis entrée dans l'intimité de sa vie, aussi bien, professionnelle, que personnelle. J'y ai découvert un homme de ménage, très digne, de nationalité britannique, célibataire, de plus de 60 ans, qui aura l'obligation de travailler, jusqu'à son dernier souffle ; nettoyer des chambres dans plusieurs hôtels, de la région de Nago, afin de pourvoir à ses besoins, les plus élémentaires, ceux de se nourrir !

Depuis des années, pour faire face aux gestes répétitifs des changements de draps, désinfection de sanitaires, vidage des poubelles et autres containers,..., il a choisi de s'évader, intellectuellement, dans un monde parallèle. Après sa journée de labeur, il retrouve, en rentrant chez lui, tout un cercle d'amis. C'est ainsi qu'il côtoie de nombreux hommes et femmes avec lesquels, il entretient et nourrit des rapports très particuliers, incroyablement enrichissants, totalement indispensables à son développement personnel et équilibre psychologique.

Ainsi, il oublie son quotidien, il échappe à sa piètre situation économique, l'obligeant, parfois, jusqu'à aller glaner des restes alimentaires ou autres objets, mis au rebut.

Il m'a remis, entre les mains, un pavé, une juxtaposition de feuilles de papier. Puis, il m'a présenté, un à un, les différents personnages qui lui tiennent compagnie et avec lesquels, il converse, depuis des années, chaque soir en rentrant chez lui.
Je l'ai écoutée, captivée, pendant plusieurs heures.
C'est à ce moment-là, que j'ai pris conscience que l'essence, même, de son existence se résumait à écrire inlassablement, une œuvre littéraire constituée, de plusieurs romans, dont l'un, de plus de sept cents pages. Un ouvrage écrit par un homme solitaire qui ne sera jamais achevé, et pour cause, et certainement jamais lu par qui que ce soit.

Après m'avoir raccompagnée à mon hôtel, distant de dix-sept kilomètres, il ne me reste, matériellement, qu'une carte de visite ainsi qu'un vêtement récupéré dans une poubelle dont il m'a fait don.
Prochainement, une immense fierté indicible m'accompagnera, lorsque je me pavanerais, dans les rues d'Avignon, en arborant cette longue veste de tricot beige.

Dès à présent, ces instants précieux, à écouter cet homme, avec lequel je ne pourrais garder contact puisqu'il refuse, catégoriquement, d'être connecté au reste du monde, me laisse, à jamais, une trace indélébile ...

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Pour ceux qui n'ont pas eu la chance de voir le film Perfect days, voici un lien vers sa bande-annonce :
https://www.youtube.com/watch?v=LGd1G3wKAg4

https://www.facebook.com/watch?v=1108141810428834

https://www.youtube.com/watch?v=nkqxmUj1yRg